Jours barbares de William Finnegan /

(Entorse n°1)

Étrange expérience que cette lecture-là ! Au printemps dernier, on nous a vendu William Finnegan,  lauréat du prix Pulitzer en 2016 (catégorie Autobiographie), comme le nouveau Kerouac, et ses Jours barbares (un beau titre, il faut le reconnaître) comme un livre rare « entre Hell’s Angels de Hunter S. Thompson et Into the Wild de Jon Krakauer ».

J’ai donc, malgré mon intérêt assez limité pour le surf, cédé aux sirènes médiatiques et commencé la lecture de  Jours barbares. Finnegan, grand reporter au New Yorker, nous fait le récit de sa quête aux quatre coins du monde, sa vie durant, de la vague idéale. J’en ai lu une centaine de pages dont j’ai trouvé l’écriture sans intérêt et la traduction, même en l’absence du texte original en regard, assez souvent problématique. J’en suis resté là,  car j’ai passé l’âge de m’infliger la lecture complète des livres qui m’ennuient. Fin de l’histoire ? Non.

À  quelque temps de là, j’ai, pour des raisons inexpliquées à ce jour, repris le livre en main, pour le terminer cette fois, tout en continuant à éprouver ce vague ennui du début. Fin de l’histoire ? Non.

Dans les semaines qui ont suivi, je me suis surpris à parler de ce livre autour de moi plus souvent que je n’aurais pensé le faire, à feuilleter en librairie des livres sur le surf, et surtout à surfer moi-même… sur le web, à la recherche de vidéos d’Ocean Beach, de Jardim do Mar ou de Tavarua.

William Finnegan aurait-il finalement réussi son coup ? En partie seulement. Ce qui m’a arrêté, ce n’est pas l’écrivain, c’est l’homme, ou plutôt le surfeur. Parler de passion en ce qui concerne le surf n’est pas approprié. Les gens comme lui ne vivent que par et pour le surf. Il n’est pas question ici de mode de vie, mais de vie tout court. Le surf est leur vie-même, et cette conjonction est source d’une étrange fascination. Ce spectacle d’une personne entièrement dévouée à une pratique, j’allais écrire une cause, est captivant.

Et puis il y a qu’on ne peut qu’envier et jalouser les sensations indicibles de la glisse sur ces vagues qui prennent une dimension sacrée voire mystique. Ce n’est pas pour rien que les bons pères missionnaires envoyés dans le Pacifique Sud ont tout fait pour éradiquer le surf.

Finnegan n’est peut-être pas un écrivain majeur, mais c’est un surfeur, un vrai, et c’est déjà beaucoup.

 

Jours barbares, William Finnegan, Éditions du sous-sol, 2017, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frank Reichert, 528 p., 23, 50 €

Une journée avec William Finnegan, proposé par La Grande librairie

https://www.youtube.com/watch?v=zxNb740dS9s 9’50

D’un point de vue littéraire, j’ai préféré le prix Pulitzer 2015, Brève histoire de sept meurtres de Marlon James (Albin Michel), grande fresque (sans doute un peu trop grande d’ailleurs) autour de la tentative de meurtre dont a été victime Bob Marley en 1976. Un grand roman, âpre et violent.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

Derniers Articles par Benoît Pichaud

CATÉGORIE

Entorse, Littérature étrangère, Parution "récente"