Tablée de Pierre Michon /

Pierre Michon est un auteur trop rare et trop précieux pour que l’on puisse se permettre d’ignorer la parution d’un nouveau texte sans faire preuve d’une singulière prodigalité. Celui-ci est le fruit d’une commande du Musée de Winterthour, dans le canton de Zürich, à l’occasion de l’exposition « Manet retrouve Manet » en 2005. On pouvait y voir réunis deux tableaux, Au café et Coin de café-concert, qui n’en formaient à l’origine qu’un seul et unique, et que l’artiste décida de séparer pour une raison aujourd’hui inconnue.

Partant du constat qu’aucun des personnages peuplant ce café ne semble parler, Michon y interroge les corps, la façon dont ils s’organisent, dont ils occupent l’espace. « Entre les deux grands vertiges de l’oralité, la parole et l’alcool, que fait-on ? On coexiste. » Chacun est acteur et public à la fois, et tout s’organise autour de la table, véritable personnage central, la table, « médiateur social » qui sépare et rapproche tout à la fois. Gardant en mémoire la « Tablée fondamentale » que constitue la Cène, Michon questionne ici la table démocratique (il voit, dans la chaise inoccupée au premier plan du tableau de gauche, la place vide du roi disparu) autour de laquelle tous les corps aspirent à régner d’une manière ou d’une autre. S’ensuit une brillante analyse des tensions sociales en jeu et un décryptage minutieux des forces en présence par le truchement des couvre-chefs : le chapeau-cloche pourpre, le melon gris, le bibi fleuri et l’emblématique gibus noir.

Soyons clair, ce texte n’est pas majeur dans l’œuvre de Michon qui compte pourtant à peu près autant de livres essentiels que de livres parus. Mais le plaisir de le lire à nouveau demeure intact. Ne le boudons pas.

Le deuxième texte est l’ébauche d’un projet abandonné, consacré au peintre Jacques-Louis David. Ce dernier deviendra François-Élie Corentin dans Les Onze, paru aux Éditions Verdier en 2009, dont le texte présenté ici est la préfiguration.

Tablée suivi de Fraternité, Pierre Michon, Éditions de l’Herne (Collection Carnets), 2017, Avant-propos d’Agnès Castiglione, 80 p., 8,50 €

Deux liens vers des reproductions des tableaux de Manet, celles de l’ouvrage, de piètre qualité, n’y figurant qu’à titre de traces.

http://www.bundesmuseen.ch/roemerholz/index/00948/index.html?lang=en

https://www.nationalgallery.org.uk/paintings/edouard-manet-corner-of-a-cafe-concert

Une master classe enregistrée cet été en public à la Bibliothèque Nationale de France pour France Culture, animée par Arnaud Laporte, dans laquelle Pierre Michon nous confie quelques-unes de ses pratiques de création, avec sa facétie et son espièglerie habituelles.

https://www.franceculture.fr/emissions/les-masterclasses/pierre-michon-les-entretiens-eveillent-des-idees-car-je-ne-les-prepare

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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Essai, Littérature française, Parution "récente"