4 décembre 2017

Jouir

Le Condamné à mort de Jean Genet /

Il me plaît de faire se côtoyer au sein de ce même blog Öko, un thé en hiver de Mélanie Rutten (voir article précédent) et Le Condamné à mort de Jean Genet, car il y est question de la même chose : de la manière qu’a chacun, avec ce qu’il est et depuis là où il se trouve, de tenter d’apporter ses réponses personnelles, maladroites, magnifiques, dérisoires, précaires ou sublimes, au problème commun qui n’en a pas.

J’ai passé les trente premières années de ma vie de lecteur en ignorant Le Condamné à mort. Il a fallu le hasard (bonne blague !) d’une récente série d’émissions de radio consacrée à Étienne Daho pour que j’aille écouter son interprétation renversante de Sur mon cou, tirée de l’album qu’il a enregistré avec Jeanne Moreau en 2010. Et de là à l’ensemble du texte…

Ces 264 vers écrits en 1942 depuis la prison de Fresnes sont d’une fulgurance inouïe. Une beauté âpre en jaillit à gros bouillons. Les accents sont rimbaldiens.

Divague ma Folie, enfante pour ma joie

Un consolant enfer peuplé de beaux soldats,

Nus jusqu’à la ceinture, et des frocs résédas

Tire ces lourdes fleurs dont l’odeur me foudroie.

Le ton est souvent plus cru. Ce long poème est un astre noir dont l’obscénité et la pornographie luisent de mille feux dans la nuit grise et sans nuance de l’érotisme douceâtre. Ils sont peu nombreux ceux qui sont capables d’écrire le sexe sans sombrer corps et biens, je ne dis pas dans la vulgarité qui est un moindre mal, mais dans une triste complaisance.

En dépit de tout, Genet a le sexe solaire comme certains ont le vin gai. Il nomme les choses et les actes, et cette nomination est une première jouissance, en attendant l’autre. Les mots lui donnent et nous donnent du plaisir. Ce n’est sans doute pas un hasard si Genet a composé la quasi intégralité de son œuvre poétique alors qu’il était emprisonné. La claustration magnifie son désir d’extase et ses mots ont alors « la violence d’un cross à la mâchoire. » (Roberto Arlt)

Le Condamné à mort et autres poèmes, suivi de Le funambule, Jean Genet, Poésie Gallimard, 1999, 132 p., 6,30 €

Ce volume contient Marche funèbre, La galère, La parade, Un chant d’amour, Le pêcheur du Suquet et Poèmes retrouvés.

Sur mon cou par Étienne Daho

https://www.youtube.com/watch?v=r0kIq4qeWpU 3’46

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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