Les Enfants, pour quoi faire ? de Robert Benchley /

Les Nouvelles Éditions Wombat consacrent une grande part de leurs parutions à l’humour. Ce dernier est volontiers noir, absurde, « bête et méchant », ou japonais. On trouve au catalogue Jackie Berroyer, le Professeur Choron, Delfeil de Ton, Gébé, Spike Milligan, W. C. Fields, Hideo Okuda, etc. Le Wombat, « mammifère problématique », s’intéresse aussi à l’indispensable et précieux Roland Topor dont il réédite de nombreux textes, une bonne manière de mesurer tout ce qui nous sépare des décriées années 80, où l’on confiait pourtant à ce dangereux individu une émission de télé destinée aux enfants.

Frédéric Brument, le tôlier, propose également de redécouvrir des auteurs qu’on a l’habitude de ranger sous la bannière du nonsense américain, Cuppy, Perelman, Leacock et Benchley dont il avait déjà publié quelques textes aux Éditions Le Dilettante et Rivages. Les Enfants, pour quoi faire ? regroupe une quinzaine de textes publiés par Benchley à partir de 1922. Il y déploie avec bonheur toute l’absurdité dont il sait faire preuve. Mais comme souvent, derrière l’absurde, se cache ce que l’on ne veut ou ne peut pas entendre, à savoir quelques évidences refoulées.

Chez Benchley, l’enfant est un être incompréhensible, tyrannique et odieux qui sème le chaos partout où il passe. Dans les quelques conseils qu’il donne pour faire suite à l’ouvrage de l’éminent pédiatre, le Dr Emmett Holt, Comment prendre soin de son enfant et le nourrir, il préconise le recours à l’étau pour maintenir l’enfant au moment de l’habillage. Mais il admet aussi que « Si, à l’âge de deux ans, l’enfant n’a pas encore fait mine de parler », c’est probablement « Qu’il n’a encore croisé personne qui mériterait qu’on lui parle. » Les pages où il présente les principes d’une éducation dans laquelle il est primordial pour l’apprentissage de l’enfant de le laisser faire ses propres expériences sont savoureuses. Et nous ne sommes qu’au début des années 20 !

« Doris avait lu l’histoire d’un petit garçon qui avait été puni par son père pour avoir mis du savon sur les marches de la cave et, depuis ce jour, tout le restant de sa vie, chaque fois qu’il voyait du savon, il allait se coucher illico et rêvait qu’il se trouvait aux commandes d’un train fou habillé en Pierrot, ce qui signifiait, de toute évidence, qu’il nourrissait le désir refoulé de tuer son père. »

Benchley met aussi en garde les tenants d’une éducation étatique des enfants : l’État n’est tout bonnement pas de taille pour une telle entreprise ! Il relate une visite au muséum ou un voyage en train qu’il compare à voyager en 3ème classe en Bulgarie. Il passe aussi en revue la relation qu’entretient un enfant avec son chien, les jeux éducatifs et les lectures.

Pour conclure ce panorama édifiant, Benchley émet l’hypothèse selon laquelle les jeunes gens sont en fait en train d’ourdir un mystérieux complot : « J’espère seulement qu’ils déclencheront quelque chose – n’importe quoi – avant que je sois trop vieux pour prendre mes jambes à mon cou. » À moins de rester pour voir ça…

Robert Benchley, Les Enfants, pour quoi faire ?, Nouvelles Éditions Wombat (Collection Poche comique n°4), 2017, 128 p., 6,50 € – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Brument

Le texte est également disponible en grand format au prix de 14 €.

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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CATÉGORIE

Humour, Littérature étrangère