Papa part maman ment mémé meurt de Fabienne Yvert /

Je crois assez peu aux coïncidences.

Je crois aux faits épars que notre système cognitif, dans son bienveillant souci de nous prodiguer un peu de cohérence dans un monde qui en manque tant, agrège en un réseau précaire mais rassurant, avec de vrais morceaux de réalité dedans.

Mais trêve d’analyse, parlons plutôt de moi. Je fêtais il y a peu mon anniversaire. À cette occasion, un ami m’offrait Faire un carton de Fabienne Yvert, que je ne connaissais pas. Trois jours plus tard, j’entendais à la radio Frédéric Martin, éditeur d’origine marseillaise qui dirige les Éditions Le Tripode, évoquer… Fabienne Yvert. Je me suis alors intéressé aux autres livres de cette auteure et suis tombé sur un de ces titres dont je suis friand Papa part maman ment mémé meurt dont la nouvelle édition avait paru… trois jours plus tôt.

En conséquence de quoi, je réserve (sur https://www.placedeslibraires.fr/ , voir à ce sujet l’article https://lesheuresbreves.com/2017/10/16/les-libraires-ont-leur-place/ ), j’achète, je lis, je rends compte.

On a peu l’occasion de faire des lectures déroutantes. Si l’originalité n’est pas une vertu littéraire en soi, elle est suffisamment rare pour se donner la peine de s’y arrêter un instant. Ce texte tisse le récit de trois événements familiaux : le départ du père, la façon dont la mère y résiste, ou pas, et la mort de la grand-mère. On devine que la narratrice est la fille de la famille, sans qu’il soit possible de lui donner un âge précis.

Le livre s’apparente à une dérive protéiforme dans laquelle l’absurde le dispute au tragique, au drôlatique, au surréaliste, à l’imaginaire, au grave ou au touchant. Fabienne Yvert procède par accumulations, par répétitions, composant une litanie envoûtante.

« elle dit qu’elle ne dort pas la nuit, elle dit qu’elle fait d’horribles cauchemars, elle dit que je la tuais dans son rêve, elle dit que papa ronfle, elle dit que lire Freud ça l’endort »

Les tensions familiales sous-jacentes affleurent brusquement, les intimités nous sont dévoilées, on est balloté, on est surpris, pris à contre-pied, on est chamboulé, on rit, on rit jaune. Le rythme en syncope est toujours maîtrisé. Tout en lisant, j’ai pensé à L’Agrume et à Mon grand-père de Valérie Mréjen, à cette même façon de saisir les forces et les énergies qui innervent une famille, de dresser le portrait de ses membres comme on peint au couteau, par touches plus ou moins appuyées, avec des couleurs plus ou moins vives.

Fabienne Yvert a su inventer sa petite musique. Cela n’est pas si courant et cela me sonne plus qu’agréablement à l’oreille.

Papa part maman ment mémé meurt, Fabienne Yvert, Le Tripode, 2018, 96 p., 9 €

Jacques m’a fait découvrir Fabienne Yvert. Qu’il en soit ici remercié.

L’émission consacrée à Frédéric Martin des Éditions Le Tripode 54′

https://www.franceinter.fr/emissions/une-journee-particuliere/une-journee-particuliere-07-janvier-2018

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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CATÉGORIE

Littérature française, Parution "récente"