21 février 2018

Roman-photo

Charles et Gabrielle, photographes /

Il est des romans qui se passent de mots. Celui-ci se compose de 70 photographies noir et blanc. Elles ont été prises tantôt par Charles, tantôt par Gabrielle, pendant leurs vacances de Pâques et d’été, dans l’Ouest de la France, entre 1947 et 1956. Anne Delrez, petite nièce du couple à l’origine du livre, les a récupérées à la mort de Charles, Gabrielle étant morte depuis longtemps déjà. D’eux, elle nous apprend qu’ils travaillaient dans la fonction publique à Paris, qu’ils se sont connus tard, qu’ils n’ont pas eu d’enfant, avaient peu d’amis.

Ces photos d’avant les selfies, obéissent à un curieux protocole. L’un puis l’autre se photographie dans la même situation : ramant dans une barque, un même chien sur les genoux, assis sous un pont au bord d’un canal, debout dans un parc, etc. Les postures sont figées, on pose. Lui, le plus souvent le clope au bec ou à la main (des Boyards peut-être), mains derrière le dos ou bras croisés, une esquisse de sourire aux coins des lèvres. Elle, plus franchement souriante, à moins que cela ne soit une grimace due au soleil dans les yeux, tout aussi raide dans sa robe à pois.

J’imagine ce qu’un romancier pourrait faire de ce matériau-là. J’imagine la façon dont il leur donnerait vie. Il y aurait tant à inventer à partir de ces images convenues et, disons-le, à l’intérêt limité en tant que tel. Car comme souvent, l’intérêt ne réside pas dans ce qu’elles donnent à voir mais dans ce qu’elles dérobent. En dehors du cadre, là commence la vie véritable, là les figures et le monde qu’elles peuplent s’animent enfin.

Et c’est alors que je commence à les regarder d’un autre œil, ces deux personnages banals et un peu ternes. Ne ressemblent-ils pas comme deux gouttes d’eau à tonton Didier et tatate Thérèse, à mamie Sophie et papi Denis ? Ne sont-ils pas proches de moi, terriblement proches ? Ne suis-je pas familier, au sens premier du terme, de ce qu’ils sont ? Ne suis-je pas, dans l’instant, capable de comprendre, au sens premier du terme, ce que me disent ces regards un peu vides que je commence à aimer ?

Sur la dernière photo, ils apparaissent cette fois-ci tous les deux, en maillots de bain, de l’eau en haut des cuisses, se tenant par les épaules. Le soleil brille. Ils sourient vraiment, vivants.

Charles et Gabrielle, photographes de leurs vacances 1947-1956, Le Port a jauni, 2003, Images présentées par Anne Delrez, 80 p., 20 €

Pour commander cet ouvrage, contacter :

La Conserverie

8 rue de la Petite Boucherie

57000 Metz

Site : http://www.cetaitoucetaitquand.fr/

Mail : laconserverie@cetaitoucetaitquand.fr

Joindre la conversation 1 commentaire

  1. Hello Benoit, Je viens de la cette brève. Super, très intéressant et l’écriture est agréable. C’est bien aussi que la brève soit inclus dans le mail. Tu connais la librairie charybde à paris? Je pense que tu pourrais peut être faire des choses avec eux

    A bientôt bises Etienne

    Etienne Rey Atelier des Ondes Parallèles Friche la Belle de Mai / atelier 2A4 41 rue Jobin 13003 Marseille 06 22 21 20 55 http://www.ondesparalleles.org

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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