Tiens, ils ont repeint ! de Yves Pagès /

Malgré ses 216 pages, ce livre a toute sa place dans ce blog consacré aux formes brèves. C’est même sans doute celui qui peut le plus y prétendre. Il y a une douzaine d’années, Yves Pagès a commencé à collecter les graffitis urbains, soit qu’il les note ou photographie lui-même, soit qu’il les découvre dans d’autres ouvrages ou sur des sites internet dédiés.

C’est ainsi plus de 4000 aphorismes, forme courte s’il en est, tracés à la craie, au charbon, au marqueur, à la bombe aérosol, depuis 1968 jusqu’à tout récemment, sur les mur de Paris, Marseille, Nantes, Rouen, Lille, Londres, Montréal ou Tokyo, qu’il nous livre ici dans l’ordre chronologique de leur datation supposée.

Tous ces messages confiés illégalement aux murs de nos villes sont drôles, méchants, absurdes, militants, poétiques, niais, ironiques, surréalistes, et témoignent d’une vitalité créatrice et d’une inventivité jamais démenties depuis l’Antiquité. Le plus souvent anonymes, bien qu’une tendance à la signature par pseudonyme soit de plus en plus présente, ils sont une parole hors-sol qui se suffit à elle-même, sans commentaire, hormis ceux éventuels d’un autre tagueur passé par là, une parole suffisamment forte pour pouvoir arrêter le piéton qui marche d’un pas pressé vers son boulot ou son métro. De ce point de vue, les inscriptions sur les trottoirs sont particulièrement efficaces pour interpeller les « têtes baissées ».

Ces textes courts sont autant d’invitations à nous questionner sur des sujets aussi divers que la politique, l’économie, le sexe, la télévision, la santé, l’écologie, l’amour, la liste est sans fin. Leur impertinence est à la hauteur de la liberté qu’ils véhiculent. Ils sont un vent frais qui souffle dans les rues grises des villes, un vent plein d’humour, de gravité et de jeunesse.

Très court florilège

 

1 petit pois sur 10 est une carotte

Ici un homme a rigolé tout seul

Souriez vous êtes gérés

I am a woman, just like your mother

As-tu bien obéi aujourd’hui ?

Je fais un taff de merde : j’efface les tags

Étrangers… ne nous laissez pas seuls avec les Français !!

Si vous retrouvez ma licorne, alors arrêtez la drogue

Content pour rien

No pain no fromage

Va, vis et consomme

Je voudrais te dire mais tu es ailleurs…

 

Tiens, ils ont repeint ! (50 ans d’aphorismes urbains de 1968 à nos jours), Yves Pagès avec la complicité graphique de Philippe Bretelle, La Découverte, 2017, 216 p., 19 €

Quelques sites à découvrir

http://graffitivre.tumblr.com/

http://laissezlesmurspropres.tumblr.com/

http://laissezlesmurspropres.tumblr.com/

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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