L’Ombre de la fable de Benoît Reiss /

 

Au commencement était la parole des vieux, celle que l’on n’écoute plus, et qui tournoie aux oreilles des enfants. Et il arrive qu’un jour, ou plusieurs jours, cette parole charrie une église dont il est dit qu’elle fut bâtie par un aïeul, le long d’un chemin de terre aujourd’hui route nationale : une église, à moins que cela ne soit une chapelle, en briques rouges ou de ciment gris, avec peut-être un clocher. Les souvenirs sont incertains. La pellicule même peine à être impressionnée.

Demander des précisions aux quelques anciens encore en vie romprait le charme, violerait la règle du jeu, celui de la vérité qui est dévoilement du mystère. L’oubli même semble conférer une nouvelle lumière à cette fable naissante dont l’écriture condense les strates des jours.

« … on ne commence rien, on poursuit. » Le narrateur convoque les traces, réelles ou fabuleuses, qui sont un flambeau passé de génération en génération. Il guette des épiphanies qui ne viennent pas, ne sait s’il doit lâcher la fable pour l’ombre. L’enjeu est de taille, conjurer les abandons, le chagrin : « … je m’exhortais à poursuivre, à solliciter le réel, par l’artifice de la fable, afin que celui-ci complète le manque. »

Et toujours, l’ouvrage est remis sur le métier.

« Tant que tout ira disparaissant, on continuera l’expérience de tenter l’impossible – et l’on retrouvera, sans cesse. »

 

L’Ombre de la fable, Benoît Reiss, Cheyne Éditeur (Collection Grands fonds), 2004, 64 p., 17 €

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

CATÉGORIE

Littérature française