Français, encore un effort si vous voulez être républicains du Marquis de Sade /

 

Sade, c’est le grand Autre, une différence radicale.

Dans ce court texte politique, extrait de La Philosophie dans le boudoir publié en 1795, Sade ambitionne de parfaire l’œuvre de la révolution française. Si cette dernière est parvenue à renverser la tyrannie royale, « le sceptre », il convient maintenant de mettre à terre la superstition religieuse, « l’encensoir » : « ce n’est plus avec ce hochet qu’on peut amuser les hommes libres. »

Il ne s’agit plus pour le républicain de se perdre en de futiles prières, mais bien d’accomplir ses devoirs de citoyen envers la société. Jusqu’ici, n’importe quel démocrate athée et bon teint n’y trouverait à redire. Mais cela se corse.

Sade professe un empirisme et un matérialisme radicaux dans lesquels on peut voir un lointain avatar de ceux de Lucrèce. L’ignorance et la peur sont les deux piliers sur lesquels prospère la religion. Pour s’en débarrasser, Sade préconise, non pas la violence, mais « les blasphèmes les plus insultants ».

En ce qui concerne les mœurs, Sade milite pour l’abolition de la peine de mort car elle est une aberration logique. En revanche, il reconnaît le meurtre comme légitime et son impact social comme négligeable : la mort n’est jamais qu’une simple transmutation de la matière, une manière de participer au mouvement perpétuel du grand Tout.

Le vol n’est qu’un effort vers la répartition des richesses satisfaisant au principe d’égalité républicaine. La luxure la plus effrénée – prostitution, inceste, viol et adultère compris – ne doit être considérée, dans la vie sociale, que comme un nécessaire et salutaire exutoire . À tout le moins reconnaît-il en la matière l’égalité des femmes et des hommes.

Sade croit en la nécessité d’une insurrection permanente dans la république afin de contrecarrer l’immobilisme d’où naissent les régimes autoritaires et répressifs. Cette insurrection doit être entretenue par l’ébranlement de l’immoralité.

Il rejette violemment toute tentative d’anthropocentrisme qui ferait de l’homme une créature divine autour de laquelle et pour laquelle l’ensemble de l’univers serait agencé. C’est le règne absolu de la nature qui régit tout et par laquelle tout advient : « Toutes les idées intellectuelles sont tellement subordonnées à la physique de la nature que les comparaisons fournies par l’agriculture ne nous tromperont jamais en morale. » Sade, nous dit-il, nous fait l’offrande du néant et de l’indifférence accordée à une infinité d’actions jugées autrefois criminelles. Il défie le triomphe universel de la raison du siècle des Lumières et des droits de l’homme.

Pourtant, Sade demeure un penseur capital, membre de la grande communauté des hommes, notre prochain*.

 

*D’après Pierre Klossowski.

 

Français, encore un effort si vous voulez être républicains, Marquis de Sade, Les Échappés, 2017, Illustré par Willem, 96 p., 8 €

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

CATÉGORIE

Classique, Essai, Littérature française