L’Ordre du jour de Éric Vuillard /

J’aime assez avoir un temps de retard. Cela laisse le temps aux choses de se décanter (décanter. verbe – Clarifier, mettre de l’ordre, dégager les éléments essentiels.).

Le Goncourt 2017 donc.

Si Éric Vuillard regarde la grande Histoire, il le fait par le petit bout de la lorgnette, à hauteur d’homme. À la manière d’un entomologiste, il scrute les pardessus, les pantalons à pinces, les sourires en coin, les démarches, les calvities naissantes. Il opère de brusques changements de focales qui multiplient les points de vue. Il s’autorise méandres et détours, évoquant la figure de Louis Soutter, artiste peintre suisse dont on aimerait ranger l’œuvre sous la bannière de l’art brut, ou nous offrant la recette de la tarte au shion.

« La vérité est dispersée dans toute sorte de poussières. » Celles qu’il recueille sont celles laissées par l’Anschluss de 1938. L’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie est prétexte pour lui à soulever « les haillons hideux de l’histoire », et le spectacle ainsi révélé est effectivement bien peu reluisant : cynisme, lâcheté, cupidité, bêtise, la liste est longue des tares en ces époques où l’homme multiplie les occasions de se métamorphoser en cloporte.

L’Ordre du jour, Éric Vuillard, Actes Sud (Collection Un endroit où aller), 2017, 160 p., 16 € – Prix Goncourt 2017

Merci à Lauranne & Fred de m’avoir conseillé cette lecture.

Joindre la conversation 3 commentaires

  1. Cher Benoît, c’est drôle que tu parles ainsi, seulement maintenant, du Goncourt de l’an passé car j’ai fait la même expérience que toi. Loin du tumulte habituel qui entoure les romans élus au Goncourt, j’ai laissé le libre de côté pendant un an, finissant presque par l’oublier. Puis je l’ai enfin pris en main et je ne l’ai plus lâché. Ce roman-récit très ciselé est si prenant qu’il vous happe et vous prend à la gorge. On est fasciné jusqu’à l’écoeurement par cette petite mécanique humaine où les petites lâchetés, les petits renoncements finissent par donner les plus grands abominations.
    J’ajouterais juste à ton commentaire très juste qu’il est pour moi, qui habite Berlin, très troublant de lire ces lignes au moment même où l’Europe, de nouveau, hésite entre la lâcheté et le courage face à la peste brune qui ressurgit. Un récit à méditer, donc. Boris

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  2. Ce qui est saisissant dans cet ouvrage, c’est qu’il nous donne l’impression que tout cela se déroule aujourd’hui.

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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Littérature française