Howl de Allen Ginsberg /

 

Howl, long chant qui donne son nom au recueil, est un cri qui déchire le way of life de l’Amérique des fifties et nous donne à voir son revers, un cri primal en forme de psaume qui marquera durablement la littérature et la culture mondiale et dont se reconnaîtront quantité d’artistes en tout genre dans les décennies qui suivront.

Ce texte capital est une dérive poétique dans les bas-fonds des quatre coins de l’Amérique : désespoir, folie, alcool, suicide, drogue, sexe… pas rock’n roll, encore trop jeune, mais jazz, et surtout bebop dont Ginsberg et ses compagnons d’errance sont férus.

Si Ginsberg traverse une vallée de larmes et côtoie la noirceur, c’est pour mieux « chercher la lumière ». Chez lui, le trivial n’est jamais loin du sacré, mieux il le convoque. L’essentiel est d’être toujours à l’écoute, prêt pour l’illumination : « toute création ouverte pour recevoir ».

Il accompagne Walt Whitman, l’illustre prédécesseur, au supermarché ; le trafic des bagages dans une gare Greyound est prétexte à mille échappées ; la vision d’un tournesol au milieu d’une décharge près d’une voie ferrée est à l’image d’une nature glorieuse en butte à une société consumériste envahissante.

Cela n’empêche pas Ginsberg de célébrer plus loin la voiture en ce qu’elle permet de prendre librement la route et d’aller rapidement retrouver un ami à l’autre bout du pays pour illuminer la nuit de Denver, Colorado.

Car il faut aller vite, toujours. Ce qui compte avant toute chose, c’est la pulse, le beat qui doit constamment rythmer la vie. Il n’y a pas de temps mort dans cette course effrénée dont Neal Cassady, sorte de feu follet pétri d’énergie brute, sera la figure légendaire.

La langue de Ginsberg est hallucinée, fiévreuse, incandescente, comme traversée par de furieux riffs de guitare ou plutôt par des solos de sax exaltés. Elle est peuplée de visions sauvages ou romantiques dans lesquelles se télescopent les éléments d’un maelström étourdissant.

J’imagine le surgissement d’un tel texte dans l’Amérique de Trump. Ginsberg n’écrit-il pas « Mon ambition c’est d’être Président » après avoir détaillé ce que sont ses « ressources nationales » : « deux joints de marijuana des millions de testicules une littérature privée impubliable qui fonce à 1400 miles à l’heure et vingt cinq mille asiles d’aliénés. »

Nul doute qu’il conserverait intacte sa force de frappe et saurait encore nous emporter au fil de ses « gloires d’illuminations surnaturelles ».

 

Howl and other poems, Allen Ginsberg, Christian Bourgois Éditeur, édition bilingue, traduit de l’américain par Robert Cordier et Jean- Jacques Lebel, 96 p., 13 €

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À propos de Benoît Pichaud

Un credo, "... entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement." (Michel Foucault)

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